Isabelle MEROSE-KIENAST: Omar Saadoun ou un désir d’éternité

Pour cet artiste du Nord du Maroc qui a trouvé sa voie entre Chefchaouen, Ksar el Kebir et Tétouan, la peinture a été un révélateur de sa générosité, de sa joie de vivre. Elle lui permet d’exulter et de partager.

Et pourtant, à l’origine une chute et un coma de six heures qui vont constituer les éléments fondateurs et les sources d’inspiration majeures de son œuvre.

En effet, Omar Saadoun peint des crânes et des fleurs. Les premiers sont souvent colorés  sans rien de morbide tandis que des ballons de peinture s’éclatent en fruits/fleurs.

La mort, la vie, un équilibre fragile entre les deux.

Le crâne recèle tous nos rêves, toutes nos pensées, il symbolise l’immortalité comme les fleurs qui naissent, meurent et renaissent.

Omar Saadoun renoue avec une tradition picturale du 17eme siècle appelée « Vanités », à savoir des natures mortes avec un crâne. Le message était le triomphe de la mort face au temps qui passe trop vite, à la fragilité de la vie, aux vanités du monde d’ici bas mais également une invitation à la méditation, à saisir l’insaisissable, à approcher des rivages de la résurrection et de l’éternité.

 

Enfant, Omar Saadoun utilisait des bâtons de rouge à lèvres, certainement fasciné par ce beau rouge sensuel. Adulte, il utilise le pinceau et les ballons pour exprimer sa vision de la vie et du monde, ses émotions, ses tourments, la part intime de son être.

Ses peintures renvoient à cette phrase de Francis Ponge de 1956 « Paroles, crevez comme des bulles. Paroles, plus près de la fleur que du signe et de la substance que de l’esprit, nous en connaissons l’absurde. Ce risque, nous l’assumons ».

Et les ballons d’Omar Saadoun éclatent comme des grenades, aux mille grains couleur rubis, couleur du sang, de la vie, de la fécondité. Son arbre reste vert toute l’année, il symbolise également l’éternité. N’oublions pas que la grenade est pour le Prophète, le fruit du paradis.

 

Omar Saadoun à travers les méandres de la création, nous interroge sur notre « finitude » physique et notre « infinitude » spirituelle. Cranes, fleurs/fruits, couleurs, autant de messages face au temps qui s’enfuit et ne laisse à la fin des fins que l’essentiel.

 

Isabelle MEROSE-KIENAST

Gallery KENT