Moulim El Aroussi: LE CORPS EN ACTE PERFORMEURS MAROCAINS EN ESPAGNE

Moulim El Aroussi:

LE CORPS EN ACTE PERFORMEURS MAROCAINS EN ESPAGNE

 

Trois artistes marocains ont été présents aux activités des festivals de la performance en Espagne du 12 au 20 Novembre 2015. Il s’agit de Kenza Benjelloun, Omar Saâdoune et Karim Kharbaoui. Leur participation aux deux Festivals de la performance, Acciôn MAD à Madrid et MEM à Bilbao a été très remarquée. Il s’agit en fait d’un travail fruit d’une résidence organisée du 1er au 7 Octobre dans la région de Chaouen où les trois artistes marocains ont reçu trois artistes espagnols : Ana Matey, Isabel Léon et Pedro Alba, au total six artistes, trois femmes et trois hommes pour respecter la parité.

 

Le Workshop ou le laboratoire comme ils se plaisent à le nommer s’est tenu sous le signe de Echange tans-détroit et visait à mettre en place une action d’échange d’idées et d’expériences dans un domaine encore peu exploré dans les arts visuels au Maroc. Il s’agit de l’art de la performance où l’artiste ne met entre son corps et l’expression aucun médium ni moyen. Il s’agit d’exprimer les idées et les émotions le plus possible dans leur nature première. Ainsi l’expression des idées ou des émotions jaillit devant le public sans trop d’artifice. Une forme de condensation des pratiques artistiques et des arts de la scène.

 

Les projets commencent par un mot une image ou idée et se développent ainsi en une ouvre dont le support et l’outil est le corps. Cette résidence de quatre jours dans les montagnes de Chaouen a débouché sur des réalisations qui ont été d’abord montrées en avant première à Akchour avant d’être présentées au public au Centre d’Art Moderne à Tétouan. Les séances de démonstration ont été précédées d’une rencontre avec les artistes, les professeurs  et les étudiants  de l’école d’art de la ville de Tétouan.

 

Le 12 Novembre les six artistes se sont retrouvés à Madrid pour la participation à Accion MAD qui se tenait à la fabrique culturelle Matadero Madrid pour ré-expérimenter leur lexique artistique. Au bout de trois jours d’ateliers le 15 Novembre,  une série d’improvisation à partir de six partitions proposées par les artistes furent présentées devant le public du Festival.

 

Les artistes se sont ensuite constitués en binôme pour présenter une performance par couple au Festival MEM de Bilbao Le 19 et 20 Novembre. Mais sur la route et sur une invitation de la ville de Salamanque, le groupe s’est arrêté deux jours pour présenter une démonstration par binôme à la prestigieuse Bibliothèque Générale : Kenza Benjelloun/Pedro Alba, Ana Matey/Omar Saâdoune et Isabel Léon/Karim Kharbaoui.

 

Les 19 et 20 Novembre le groupe a présenté les performances préparées depuis Chaouen au Guggenheim et à la Halle des expositions de MEM.

 

Ana Matey et Omar Saâdoune ont préféré travailler sur l’idée de la frontière et les limites de la langue. Des plastiques, des pochettes remplies de souffle furent distribuées au public invité à y introduire un message sous forme de papier sans écriture. Un message muet qui allait envelopper les corps des artistes et scotcher leur corps avant de défaire les barrières manière de dire que les humains ont créé les limites et c’est à eux de les annuler.

Kenza Benjelloun et Pedro Alba et après une semaine des attentats de Paris ont  choisi de travailler sur la violence : la violence des idées des systèmes politiques, des croyances ; la violence de la langue, des traditions… bref la terreur que peut engendrer la violence matérielle ou symbolique. Enveloppés dans un sac (le joug despotique), ils se livrent à une danse rythmée d’écritures et de paroles tout en impliquant le public. Un cérémonial sacrificiel de la violence et de la terreur.

Isabel Léon et Karim Kharbaoui ont choisi pour exprimer l’incommunicabilité des idées de se mettre dans un sac blanc et de se livrer à une lutte contre eux-mêmes pour sortir de cette situation ; le cocon de l’isolation. Ils opèrent d’abord des trous pour regarder le monde avant de sortir de leur coquille et aller vers le monde.